Le Berry - confiserie et biscuits - La Bouinotte

RETOUR ACCUEIL

RETOUR AU SOMMAIRE

RETOUR LA PAGE EDITION

LE MAGAZINE DU BERRY  LA BOUINOTTE,
LA " BELLE BERGÈRE " ET LE " PAVILLON BLEU "

La Bouinotte: La Bouinotte - 2 / 3 Place de Champagne - 36 000 CHATEAUROUX

Mémoire


Edmond Augras et Phalier Douelle, deux as castelroussin du déssert

 

Deux Berrichons de pure souche l'un, Edmond Augras, originaire du Boischaut, l'autre, Phalier Douelle, des rives du Cher, n'avaient, à priori, que très peu de chances de voir leurs chemins se croiser… Ils furent pourtant, au début de ce siècle, parmi les personnages en vue à Châteauroux et dans l'Indre.

Mettant à profit leurs connaissances professionnelles, leurs esprits d'initiative, leur ambition, Edmond Augras et Phalier Douelle n'hésitent pas à quitter le village natal pour se lancer, chacun de son côté, et presque simultanément, dans le commerce et l'industrie artisanale de la biscuiterie et de la confiserie. Ainsi furent fondés la " Belle Bergère " et le " Pavillon Bleu ". La qualité et la renommée de leurs produits les firent connaître " dans toute la France, dans nos colonies et même à l'étranger ". Mais que reste-t-il de tout cela aujourd'hui, dans la mémoire collective et à travers nos souvenirs ?


De l'audace, encore de l'audace !


Edmond Augras voit le jour le 6 mars 1854 à Saint-Août où ses parents, Alexis et Louise Marie, sont épiciers. Dès sa sortie de l'école primaire, il laisse la boutique familiale pour faire, à la Châtre, son apprentissage de pâtissier-confiseur. En un temps record, les ficelles du métier n'ont plus aucun secret pour lui, tant et si bien que, dès 1815, il crée sa propre " maison ". Il s'y plaît bien à la Châtre, c'est une ville animée où les bals sont nombreux et les musiciens talentueux. Mais Edmond Augras n'oublie pas Saint-Août. Il aime son pays, son langage maternel ; il veut maintenir les coutumes anciennes. Son ambition est de réussir à tous points de vue : sa profession d'abord, la sauvegarde du folklore ensuite. Il part donc pour Châteauroux où il fonde une usine à vapeur (rue Porte Neuve) et une maison de vente (rue Victor Hugo). Le succès des biscuits Augras est fulgurant et les locaux s'avérant trop exigus, la " Belle Bergère " est installée au 12 rue Pasteur en 1904. C'est alors une fabrique qui, juste avant la grande guerre, emploie jusqu'à trente cinq ouvriers. Très ingénieux, Edmond Augras la modernise à l'aide de toutes les innovations du moment, fours à tôle tournante, chauffage au mazout… La prospérité aura son prolongement jusqu'à nos jours puisqu'elle est à l'origine des biscottes Saint-Luc puis Auga. Edmond Augras réalise de même son second voeu… Effectivement, sous l'impulsion, et grâce à l'amitié, du sculpteur Jean Baffier il fonde la société des Gâs du Berry (1888) dont tout le monde connaît la notoriété. Mais là n'est pas notre propos !
En définitive, le p'tit mitron de Saint-Août a réussi, certes en tant qu'industriel mais aussi comme notable : conseiller municipal, adjoint au maire, conseiller d'arrondissement, juge aux prud'hommes, officier du mérite agricole, chevalier de l'instruction publique…
Tout s'achève le 8 juin 1927, les freins de son vélo ayant lâché il est précipité contre un mur de la rue Descente de Ville et meurt aussitôt.

Phalier Douelle


Phalier Douelle est né le 22 mars 1879, rue du Moulin à Chabris. C'est le troisième enfant (et le premier garçon) d'Alexis Douelle, vigneron, et de Marie-Silvine Grenouilloux, lingère, issus l'un et l'autre de vieilles familles Chabriotes. Deux fils (Edouard et Anastase) viendront ensuite compléter le foyer. Les Douelle vivent chichement et, bien que le vin de la région soit renommé, le salaire du vigneron, pas davantage que celui de lingère à façon, ne suffisent à faire bouillir la marmite. Il faut chercher ailleurs : le père sera tour à tour tuilier, bûcheron, journalier… Phalier est un bon élève, très studieux, doué en calcul et, malgré les conseils du maître d'école qui voudrait le voir poursuivre ses études, dès l'âge de treize ans, il sera vigneron comme son père et ses grands-pères. Il réfléchit souvent à sa situation présente certes, mais surtout au futur. Son rêve : devenir commerçant. Après maintes supplications, et grâce à l'appui de sa mère, il est placé comme commis chez " le Caïffa ". Là, il est heureux, il s'enivre de l'odeur du café, des épices et fait connaissance avec le chocolat et les bonbons qu'il déguste parfois en cachette !
A vingt ans, ayant gagné quelque argent, il prend à son compte une petite épicerie puis, en 1905, il établit son magasin à Châteauroux, au 27 de la rue du Gaz (actuellement rue Pierre Gaultier). Là, il vend les marchandises les plus hétéroclites : confiserie et friandises, évidemment, mais aussi du sucre " Sommier " le mieux raffiné, de l'eau de javel " La Croix ", du pétrole de l'essence de l'huile D, la meilleure pour les autos etc… Grâce aux conseils avisés d'Albert Poulain, de Blois, et malgré toutes les difficultés, financières surtout, Phalier Douelle parvient à créer des marques bien à lui. Pour cela il fait agrandir la confiserie puis construire une chocolaterie moderne et enfin une fabrique de très bonnes spécialités en biscuits. Les usines et entrepôts couvrent alors une superficie de dix-huit mille mètres carrés et comptent une trentaine d'ouvriers. Aussi bon patron qu'industriel avisé et travailleur, il s'est toujours efforcé de concilier l'utile et l'agréable ; c'est ainsi qu'il a emmené son personnel plusieurs fois, en autocar, faire l'ouverture de la pêche sur les bords du Cher à Chabris.
Tout s'achève le 13 janvier 1937, emporté par une crise cardiaque, il rend son dernier soupir à l'hôpital de Châteauroux.


Une rude concurrence


Enumérer les récompenses décernées à Edmond Augras et à Phalier Douelle serait fastidieux, car elles ont été très nombreuses. Ils ont connu, chacun à son tour, leur moment de gloire et atteint le summum de la célébrité et de la popularité : le premier en 1900, à l'exposition universelle de Paris où il obtient la médaille d'or pour ses biscuits " produits français ben-hounêtes cuits dans des fours français " ; le second en 1925 à la Grande Semaine Berrichonne de Châteauroux où il remporte lui aussi la médaille d'or pour le fameux cuirassé " la Paix " fabriqué en chocolat et sucre par Mr Pasquier, un artiste spécialiste de la maison.
Chacun d'eux prétend ne pas faire de réclame et conseille vivement d'éviter la contrefaçon.... Cependant on peut lire ce qui suit dans l'Annuaire de l'Indre (1925) : " Le biscuit Augras est seulement le plus exquis de tous les desserts, mais il est aussi le plus délicat des aliments exigés par les estomacs faibles. Ce dessert, unique au monde, fait le bonheur des bébés qu'il fait grandir. Ses qualités nutritives redonnent aux convalescents les forces perdues ; aux vieillards, il prolonge leur existence. De même, pour la médecine qui le recommande, il est un auxiliaire précieux. Enfin, il devient le compagnon de la vie des riches comme des pauvres et, trempé dans le vin honnête du cru, il fait chanter les Gâs du Berry ".
Et, comme en écho, on découvre que " les chocolats, biscuits, gâteaux secs, bonbons, dragées de la marque Phalier Douelle sont les meilleurs. Ils sont livrés à domicile, au mieux et toujours au mieux, dans un rayon de soixante-dix kilomètres autour de Châteauroux par services réguliers d'autos chez les épiciers, confiseurs et pâtissiers où peuvent les réclamer tous ceux qui aiment ce qui est vraiment bon et fabriqué honnêtement ".
L'un et l'autre ont aussi pensé aux tousseurs et enrhumés : Augras, " Créateur du Tue-Rhume, le plus grand succès du monde ; Douelle dont il faut exiger La Vraie Pectorale ".

Que reste-t-il de tout cela ? Un souvenir de délicieuses friandises chez certains de nos grands-pères et grands-mères, quelques boîtes vides oubliées au fond d'un placard ou exposées à l'étal d'un brocanteur et surtout, plus visible, la rue Edmond Augras qui longe le Centre hospitalier de Châteauroux.

Sources :
- L'illustration économique et financière
- Le réveil de la Gaule
- Crédit photos : Archives départementales de l'Indre
- Club des collectionneurs de cartes postales.

encadré
Le Biscuit Augras (chanson)

Dans un dessert bien ordonné
Il trône dans sa gloire
Ce bon biscuit bien vanillé
Qu'Augras nous a confectinné :
Il nous délecte, vous fait boire son goût, vous passionne
Usez-en car je vous l'assure, c'est la vérité pure.

Ce biscuit est très digestif
mangez-en donc sans craindre
Point n'est besoin d'apéritif
Dans le chef-lieu de l'Indre
C'est le garant de la santé
faites-en large usage
Dans tous les lieux, hiver, été
C'est le repas du sage

(Paroles et musique : L. Bagnat)

Andrée AUJEU

Vous voulez écrire à La Bouinotte voici l'adresse, cliquer : contact@la-bouinotte.org

Site référencé par Bourges.net