Le Berry - Les boeufs par Jeanine Berducat - La Bouinotte

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 LE MAGAZINE DU BERRY - LA BOUINOTTE,

DES BOEUFS EN BERRY par Jeanine Berducat

La Bouinotte: 2 / 3 Place de Champagne- 36 000 Châteauroux tél 02 54 60 08 06

 

" J'ai deux grands boeufs dans mon étable "

A Chavin, André Livernette posséde deux boeufs, superbes fleurons de la race Salers. Il leur a appris à travailler, à tirer la charrette, et pour le plus grand plaisir de tous, on peut les admirer sur les fêtes et foires locales où ils font revivre les traditions d'antan.

Taillé dans le roc, un mètre quatre vingt cinq, André Livernette est une force de la nature. A soixante-dix ans il travaille comme à vingt. Les tâches ne le rebutent pas : soigner vaches et chevaux, changer quotidiennement leur litière, rentrer les foins, couper le bois. C'est un authentique paysan, un de ces hommes comme il n'en existe plus.
Né à Gravelle, un hameau de la commune de Chavin qu'il n'a jamais quitté, il a été bercé depuis son enfance par le rythme des travaux de la terre. " A quinze ans, je liais les vaches de mon père pour aller labourer ". L'apprentissage, il l'a effectué sur le terrain, ce n'est pas du folklore, et aujourd'hui il met naturellement son savoir-faire à la portée des jeunes générations et des touristes en quête du temps passé.

Pompom et Cordon


André Livernette et les animaux, c'est une histoire d'amour. Il a travaillé avec des vaches jusque dans les années cinquante, puis les chevaux ont pris le relais. L'arrivée du tracteur ne les a pas chassés pour autant, le passionné qu'il était a gardé des juments poulinières et un étalon. Il en posséde encore cinq aujourd'hui, toutes nées et élevées à La Gravelle.
Et puis en 1995, simplement pour son plaisir, il a acheté deux jeunes boeufs de race Salers, âgés de trois ans : Pompom et Cordon.


" Ils viennent de la région d'Arnac-la-Poste. Ils pesaient chacun neuf cents kilo. Je les ai payés cher, mais ils étaient magnifiques et j'ai eu le coup de cœur ".


Des forces de la nature également, ces animaux ! Ils étaient faits pour s'entendre avec André Livernette. Habitués au joug très tôt, il a fallu poursuivre leur entraînement.


" J'aime cela, déclare le propriétaire, j'ai retrouvé un peu de ma jeunesse ".


Pour les atteler, il a fallu fabriquer un joug sur mesure (21 cm plus long qu'un normal). C'est Pierre Alignet, le menuisier de Baraize, qui l'a réalisé en s'inspirant d'un modèle du temps jadis.
Puis régulièrement, les bœufs ont tiré la herse, la charrue ou transporté du bois dans la charrette. Peu à peu, ils se sont habitués à la voix de cet homme qui savait être tendre et autoritaire à la fois, leur maître.
" lls n'ont pas le même caractère. Cordon est le plus docile. Pompom est têtu. Mais ils s'entendent très bien, marchent au même pas, ont exactement la même stature. D'ailleurs lorsque deux bœufs sont habitués au même joug, si l'un est blessé, l'autre ne s'adapte jamais à un autre compagnon ".
André Livernette possède également des vaches charolaises et limousines, mais les Salers restent ses préférées : les plus résistantes, celles qui donnent le plus de lait, qui vêlent le mieux. Quant à Pompom et Cordon, ils atteignent maintenant chacun une tonne, musclés, puissants, bien cornés, ils provoquent l'admiration.


De la fête de la batteuse à la Mare au Diable


Très sollicité pour animer fêtes et foires, André Livernette est fier de présenter ses bœufs ; Il revêt alors la biaude (une vraie que lui a donnée sa voisine), un chapeau de feutre noir, et il mène ses animaux du pas sûr des bouviers d'autrefois, à la foire de Chantôme, à la fête de la viande d'Orsennes où ils transportent les personnalités dans un char à bancs, à Chamorin pour la fête de la batteuse où Pompom et Cordon tirent la javeleuse. Récemment ils ont promené les enfants dans une charrette pour les fêtes de Noël à Déols.
" J'en fais ce que je veux. Ils n'ont pas peur de la musique, ni de la foule, pourtant les gens ont tendance à vouloir les toucher ".
Mais la plus belle prestation de ces animaux-vedettes fut bien cet été à Nohant. Retenus par les Gâs du Berry durant deux week-end pour les représentations en plein air de La Mare au Diable, ils ont apporté cette note d'authenticité qui a fait chavirer les cœurs des spectateurs.
Pour mettre dans l'ambiance, à l'heure où les guichets commençaient la vente des billets, André Livernette a fait une démonstration de labour à l'ancienne, dans le terrain voisin. Le chant de briolage, mélopée à la fois douce et gutturale, s'est élevé dans la nuit tombante et déjà, on avait l'impression d'être transporté un siècle en arrière.


Puis l'obscurité est tombée sur Nohant et les Gas du Berry ont joué le célèbre roman La Mare au Diable. Quand Germain est entré sur scène avec Pompom et Cordon, la description qu'en avait faite George Sand réapparaissait dans tous les esprits, plus vraie que nature. Aussi lorsque les animaux sont revenus en tirant une charrette lors du final, les applaudissements ont crépité.
C'est pourquoi, si vous passez par Chavin, vous verrez, couchés dans leur prairie, Pompom et Cordon qui évoquent sans doute entre eux les souvenirs de leur tournée d'été. Mais d'autres succès les attendent, ils sont déjà retenus pour la fête de Pâques à Neuvy-St-Sépulchre.

Jeanine Berducat

 

 

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