facteur de vielle en Berry - La Bouinotte

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LE MAGAZINE DU BERRY  LA BOUINOTTE,
BERNARD KERBOEUF OU LES AVENTURES D'UN CASSEUR DE BOIS

La Bouinotte: 2 / 3 Place de Champagne - 36 000 Châteauroux tél 02 54 60 08 06 - Fax: 02 54 07 35 82

Découverte

Etre né à St Brieve, Breton du Pays Gallo, considéré comme Berrichon a part entière jusqu'à être complètement intégré dans le monde des musiciens traditionnels de la Province est, à coup sûr, une aventure pas banale qui mérite quelques précisions.

Fils de petits propriétaires terriens pratiquant élevage et polyculture, Bernard Kerbœuf est l'un des cinq enfants que compte la famille. Il se distingue de sa patrie par son amour du bois, passion héritée d'un grand-père menuisier. Il sera, par la suite, le seul manuel de la maisonnée. Scolarité orientée donc, compte tenu de son intérêt pour la menuiserie, vers l'enseignement technique… Et c'est tout naturellement le parcours habituel : C.A.P… B.E.P… Il entre alors dans la vie active dans une entreprise, ou il apprend, entre autres, la technique particulière consistant à fabriquer des escaliers. Le service militaire vient mettre une parenthèse aux découvertes professionnelles du jeune homme. Ceci l'amène, ensuite, à se trouver libre… mais sans travail ! Il est alors embauché au sein d'un bureau d'étude. Il troque le rabot et la varlope pour la planche à dessins. Il y découvre les arcanes de la planification et de l'organisation du travail. Enfin, en 1984, il se lance dans l'aventure en créant sa propre affaire, plus spécialement consacrée à l'ébénisterie et s'installe à Etables-sur-Mer.


Le début d'une passion
Fils d'une province à fort particularisme, Bernard Kerbœuf est attiré par les traditions populaires et, à quatorze ans, il joue de la bombarde, avant de découvrir la cornemuse écossaise. A la pratique musicale il ajoute une spécialité : celle de fabriquer lui-même ses instruments de musique. Cette singularité va décider de son avenir. Un de ses camarades est ménétrier, activité peu répandue en Bretagne à cette époque. En effet, au lendemain de la première guerre mondiale, clarinettes et accordéons, qui offraient d'autres sonorités, d'autres perspectives, ont pris le pas sur la vielle, tombée en désuétude. A l'origine rebuté par l'objet, l'attirance devient si forte que notre homme décide d'en fabriquer une. Il choisit de reproduire la " Pimpart ", modèle célèbre qui avait été très répandu en Bretagne.
C'est alors l'aventure parfaite de l'autodidacte, qui cherche, tâtonne afin de réaliser l'instrument qu'il a choisi. Déception, il sonne mal ! Toutefois les problèmes techniques posés par la fabrication sont devenus si préoccupants que ce premier résultat, tout médiocre qu'il soit, renforce la volonté de notre apprenti luthier. Il veut réussir.


L'aventure d'un " Casseur de bois "
Un cadeau de l'un de ses frères, musicien et membre d'un groupe folk agit à nouveau comme un propulseur. Il s'agit d'un disque enregistré par des vielleux du Bourbonnais, des maîtres du genre. C'est la révélation, la découverte d'une sonorité et la route tracée vers la conquête de la technique et du savoir-faire. Perfectionniste et pugnace, il fabrique les différents éléments constituant l'instrument, monte, démonte, remet " Cent fois sur le métier ". Il fabrique ainsi une nouvelle vielle, chaque hiver, de 1980 à 1990. En 1989, il décide de venir à Saint-Chartier assister à ces rencontres qui font de ce festival une manifestation très particulière. Il observe, regarde ce qui se fait, ce qui se vend, écoute ce qui se joue. A l'issue de ce court séjour berrichon sa décision est prise : il sera facteur de vielle, il sera luthier et, dans cette perspective, parce qu'amoureux de la belle ouvrage, il entend s'inscrire parmi les meilleurs. En 1990 il est de retour à Saint-Chartier mais comme exposant, cette fois. Il reçoit un excellent accueil de la part des musiciens, ses futurs clients. Sa production a privilégié deux facteurs, à ses yeux essentiels : robustesse et sonorité. La première année, il réalise onze instruments et la seconde, il voit ce chiffre augmenter de façon significative.
Bernard Kerboeuf tire alors les conséquences de ce succès : il va s'y consacrer à plein temps et s'implanter à l'endroit qui lui semble géographiquement le plus propice à son activité. C'est le Berry, La Châtre plus précisément qui est retenue. Pour rester au cœur du terroir, dans " l'œil " de Saint Chartier en somme !


Installation en Berry
Un cabinet de consultants parisien a réalisé, il y a quelque temps, une pseudo autant que pitoyable enquête " démontrant " qu'en Berry il n'existait point de salut et de possibilité d'intégration pour qui n'était pas né et élevé au pays.
Entre autre migrants, Bernard Kerbœuf apporte la preuve du contraire. Séduit par le fond culturel berrichon, attentif à l'autre, ouvert et généreux, il est désormais tout à fait intégré dans ce milieu si particulier des musiciens traditionnels. Installé à la Châtre, notre luthier en est l'un des personnages éminents, contribuant à la diffusion et à la promotion de la musique du terroir.
Fabricant perfectionniste et musicien de surcroît, Bernard Kerbœuf réalise ses instruments en totalité, y compris sculptures des têtes, marqueterie et finition, faisant de ses vielles des œuvres d'art autant que des instruments de musique.
De son passage dans un bureau d'étude, Bernard Kerbœuf a adopté un système d'organisation méthodique du travail. Il utilise, pour ce faire, les techniques les plus sophistiquées qu'offre par exemple l'ordinateur. C'est ainsi qu'il réalise des éléments d'une très grande précision ayant des cotes extrêmes (quatre chiffres après la virgule) !
Les instruments ainsi réalisés ont un son… un son Kerbœuf bien sûr.
Bernard Kerbœuf a un fils. Il a 17 ans. Il est musicien. Il prépare, dans le lycée qu'il fréquente, un B.T.S. de musique. Son père l'attend à l'établi, plus tard, pour lui transmettre l'art de faire sonner les vielles " à s'en soulever le cœur "…

Rens. : Bernard Kerbœuf, 12 rue Lucet, 36 400 La Châtre

Pierre Gréard

 

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