La Bouinotte: 2 / 3 Place de Champagne
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La catastrophe ferroviaire d'Argenton-sur-Creuse,
en 1985, marqua toute une région, par l'ampleur de son
bilan : 43 morts, pour un cruel concours de circonstances, qui
fit dérailler le Paris-Port-Bou quand il croisait un train
postal, en pleine nuit. Pierre Hémery, sculpteur, peintre,
a, lui aussi, voulu témoigner.
En ce 31 août 1985, Pierre Hémery
est, comme tant d'autres, frappé par la catastrophe qui
vient de se produire. Les enchevêtrements de métal,
la meurtrissure des chairs, l'horreur dans le regard des survivants
Toute une litanie de détresse, échouée là,
au cur d'une nuit paisible. Le train, cette glorieuse invention,
emblème de l'évasion, vecteur de fascination ou
de passion, peut être aussi cela : une masse tordue et
gisante, hurlant la souffrance de son ventre déchiré.
Ce jour à nul autre pareil devait marquer l'artiste d'une
empreinte douloureuse. Presque immédiatement, Pierre Hémery
se rend sur les lieux, profitant de la maison d'un ami, à
quelques encablures du ballast. Dans son carnet de croquis prennent
forme torsades et lignes brisées, figures prégnantes
de la violence des formes.
" une démarche authentique "
Pierre Hemery, sculpteur, à choisi la peinture, immédiatement,
intuitivement, pour exprimer son horreur sans la mettre en scène,
trop nue et trop crue. Que l'on ne voit donc pas dans cette initiative
quelque fascination morbide. Il s'agit là d'une uvre
de témoignage. Tout profane pense immédiatement
à Picasso et son Guernica, pierre d'angle de l'art érigé
en acte social. Pierre Hémery y voit l'une des fonctions
premières du créateur, que les pouvoirs publics
devraient solliciter plus souvent, quand la conscience collective
est touchée. Et de rappeler que la toile exposée
au Prado de Madrid fut, en son temps, une commande du gouvernement
républicain espagnol
Peu à peu, l'évidence s'est faite. Ce travail réactif,
commencé dans l'urgence, empreint de l'émotion
première, s'est construit en une vingtaine de pastels,
autour d'une toile principale. Une toile bâtie comme une
sculpture. Pierre Hémery dit d'elle que l'on peut aisément
la recréer en maquette : rien de virtuel dans la figuration
des entrecroisements et des enchaînements. Toute bande
apparente passant sous une autre forme a été entièrement
représentée, puis masquée par les couches
de peinture successives. Les mouvements, les heurts, rien n'est
feint et tout est contenu dans l'ensemble, expression tangible
des distorsions de la matière. L'ensemble a fait l'objet
d'une exposition en 1990, au couvent des Cordeliers à
Châteauroux, enrichi d'une installation composée
de fragments de wagon.
Fort de cet investissement au cur du drame, Pierre Hémery
s'est proposé, à titre gracieux, de créer
le mémorial que souhaitaient élever les proches
des victimes. Un long travail de diplomatie fut le préalable
nécessaire à la reconnaissance de sa vision du
monument ; au final, une véritable réussite, à
tel point que les familles se sont aujourd'hui réappropriées
le lieu, exigeant le respect le plus total de la création
d'origine.