Le Berry - la catastrophe du Paris Port Bou - La Bouinotte

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LE MAGAZINE DU BERRY  LA BOUINOTTE,

la catastrophe du Paris - Port-Bou

La Bouinotte: 2 / 3 Place de Champagne - 36 000 Châteauroux tél 02 54 60 08 06

La catastrophe ferroviaire d'Argenton-sur-Creuse, en 1985, marqua toute une région, par l'ampleur de son bilan : 43 morts, pour un cruel concours de circonstances, qui fit dérailler le Paris-Port-Bou quand il croisait un train postal, en pleine nuit. Pierre Hémery, sculpteur, peintre, a, lui aussi, voulu témoigner.

 

En ce 31 août 1985, Pierre Hémery est, comme tant d'autres, frappé par la catastrophe qui vient de se produire. Les enchevêtrements de métal, la meurtrissure des chairs, l'horreur dans le regard des survivants… Toute une litanie de détresse, échouée là, au cœur d'une nuit paisible. Le train, cette glorieuse invention, emblème de l'évasion, vecteur de fascination ou de passion, peut être aussi cela : une masse tordue et gisante, hurlant la souffrance de son ventre déchiré. Ce jour à nul autre pareil devait marquer l'artiste d'une empreinte douloureuse. Presque immédiatement, Pierre Hémery se rend sur les lieux, profitant de la maison d'un ami, à quelques encablures du ballast. Dans son carnet de croquis prennent forme torsades et lignes brisées, figures prégnantes de la violence des formes.
" une démarche authentique "
Pierre Hemery, sculpteur, à choisi la peinture, immédiatement, intuitivement, pour exprimer son horreur sans la mettre en scène, trop nue et trop crue. Que l'on ne voit donc pas dans cette initiative quelque fascination morbide. Il s'agit là d'une œuvre de témoignage. Tout profane pense immédiatement à Picasso et son Guernica, pierre d'angle de l'art érigé en acte social. Pierre Hémery y voit l'une des fonctions premières du créateur, que les pouvoirs publics devraient solliciter plus souvent, quand la conscience collective est touchée. Et de rappeler que la toile exposée au Prado de Madrid fut, en son temps, une commande du gouvernement républicain espagnol…
Peu à peu, l'évidence s'est faite. Ce travail réactif, commencé dans l'urgence, empreint de l'émotion première, s'est construit en une vingtaine de pastels, autour d'une toile principale. Une toile bâtie comme une sculpture. Pierre Hémery dit d'elle que l'on peut aisément la recréer en maquette : rien de virtuel dans la figuration des entrecroisements et des enchaînements. Toute bande apparente passant sous une autre forme a été entièrement représentée, puis masquée par les couches de peinture successives. Les mouvements, les heurts, rien n'est feint et tout est contenu dans l'ensemble, expression tangible des distorsions de la matière. L'ensemble a fait l'objet d'une exposition en 1990, au couvent des Cordeliers à Châteauroux, enrichi d'une installation composée de fragments de wagon.
Fort de cet investissement au cœur du drame, Pierre Hémery s'est proposé, à titre gracieux, de créer le mémorial que souhaitaient élever les proches des victimes. Un long travail de diplomatie fut le préalable nécessaire à la reconnaissance de sa vision du monument ; au final, une véritable réussite, à tel point que les familles se sont aujourd'hui réappropriées le lieu, exigeant le respect le plus total de la création d'origine.

Pierre Hémery

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