Le Berry - Dossier chemin de fer - La Bouinotte

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LE MAGAZINE DU BERRY : LA BOUINOTTE,

LE CHEMIN DE FER EN BERRY

La Bouinotte: 2 / 3 Place de Champagne- 36 000 Châteauroux tél 02 54 60 08 06

Dossier : Le Chemin de fer

" Le Louis tenait dur comme fer que l'invention de la poudre où de l'imprimerie, la découverte de l'Amérique et même la Révolution Française n'étaient que de la merde de coucou à côté de l'invention de la locomotive. Et cette invention, pour lui, n'était dépassée que par celle du rail ".

D'après Henri Vincenot, Mémoires d'un enfant du rail.

Dossier préparé par Maurice et Andrée Aujeu - Gilles Boizeau - Léandre Boizeau

ce dossier comprend cet article et trois autres :

La catastrophe ferroviaire du Paris - Port-Bou : cliquer ici
Mado, Chef de gare : cliquer ici
le train Le Blanc , Argent : cliquer ici


Le chemin de fer est aujourd'hui un gamin de 150 ans. Il est arrivé en Berry, par Vierzon, à l'été 1847, avant d'aborder Bourges et Châteauroux. Ce fut, pour nos ancêtres, une véritable révolution : fini les long voyages en pataches, au pas du cheval. La train mettait Orléans à deux heures trente de notre région ! Petit à petit, de tramways en autorail, le chemin de fer est entré dans l'univers familier, au bord des routes, où traçant sa voie à travers les campagnes isolées. Grâce à lui, les dimanches de marché prenaient moins des allures d'expéditions. Puis, au cours du siècle, chacun s'est plû à lui faire quelques infidélités…voitures où moto avaient l'attrait de l'individualisme. Le train s'est alors retiré, petit à petit, sur la pointe des pieds, laissant les gares orphelines et les usagers nostalgiques ; car plus qu'un mode de transport, l'univers ferroviaire a toujours suscitté la fascination… celle d'un autre monde, régit par des règles et des hommes à part.


Aujourd'hui, le train se fait plus rare, réunissant ses forces pour survivre dans la course qu'il livre au progrès. On a gagné en modernité ce que l'on a perdu en poésie. La poésie, justement, ce sont des passionnés qui l'entretiennent. Pour l'anniversaire du chemin de fer, La Bouinotte en a rencontré quelques-uns, touchés à titres divers par la grâce ferroviaire.
" …fermeture des portes. Attention au départ !!… "


" Passion, passion, deux minutes d'arrêt… "

André Jacquot est de la race des inconditionnels. A Foëcy, près de Vierzon, cet ancien de la SNCF, règne sur un véritable musée du rail, arrêt terminus de toutes les inventions ferroviaires de ce siècle, remisées pour cause de modernité…

André Jacquot a bien failli passer à côté de sa passion : en 1945, la Poste était prête à l'accueillir, bras ouverts. Il s'est ravisé au dernier moment, optant pour le chemin de fer et son cortège de légende. Il débuta donc au bas de l'échelle, homme à tout faire dans une gare de banlieue. Quelques dizaines d'années plus tard, après avoir gravi tous les échelons, il enseignait aux élèves de la Société la législation délicieusement complexe de la vieille dame du service public. Il en est ainsi devenu l'un des plus éminents spécialistes, allant jusqu'à rédiger, à l'aube des années 1980, la notice du futur TGV sud-est. Sa connaissance est telle qu'il concocta, voici quelques temps, une encyclopédie de référence sur le réseau français. Son dernier ouvrage, consacré à un antique tramway vierzonnais, concilie sa vieille passion et sa terre d'élection, le Berry. Car c'est à Föecy, dans un petit pavillon discret, qu'André s'est replié, avec armes et bagages, des rêves plein la tête, les coffres plein de souvenirs. La retraite venue, il n'a pu se résoudre à tout abandonner.

En voiture…
Depuis longtemps déjà, il accumulait une foule de trésors en tous genres, de textes périmés en objets hétéroclites, provenant de réformes successives. Dans le bureau, la taille des armoires augurent de la documentation en sommeil. Ce n'est là qu'un hors-d'œuvre : Pour la pièce maîtresse, André s'arme d'une blouse cheminote et d'un sourire narquois, scrutant la réaction de son visiteur. Une porte s'ouvre : on butte immédiatement sur des plaques de voie, des téléphones, des lanternes ou un élément de caténaire… Le tout est soigneusement aligné, offert à la curiosité ; dans ces quelques mètres-carrés, une bonne partie de l'histoire ferroviaire européenne… Une vitrine regroupe quelques joyaux, anciens ou contemporains. " J'ai là un verre dans lequel la Reine d'Angleterre a peut-être trempé les lèvres, au cours de l'inauguration du tunnel sous la manche ". Dans un réduit, André entretient une armée de tampons en tout genres, dont le doyen accuse 150 ans !
Pour son musée, André aurait voulu un wagon, un vrai, garé dans le jardin. Rêve inassouvi, certes, mais que compense l'intérieur de sa dernière pièce : surprise de taille, on entre de plein pied dans la reconstitution d'un compartiment de première classe, rescapé des ateliers de Tours. Sous une collection de casquettes de contrôleur, il vous parlera alors aussi bien des systèmes de fermetures de portes des TGV que du fonctionnement de l'ancien téléphone de voie, surnommé le " Du Guesclain ", pour sa forme de heaume, qui trône au milieu des plates-bandes de son jardin.
André Jacquot, c'est un peu l'image de Dieu régnant sur l'univers. Un univers qui aurait les couleurs d'un vieux rêve de gosse…

GB


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