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Dossier : Le Chemin de fer
" Le Louis tenait dur comme fer
que l'invention de la poudre où de l'imprimerie, la découverte
de l'Amérique et même la Révolution Française
n'étaient que de la merde de coucou à côté
de l'invention de la locomotive. Et cette invention, pour lui,
n'était dépassée que par celle du rail ".
D'après Henri Vincenot,
Mémoires d'un enfant du rail.
Dossier préparé par Maurice
et Andrée Aujeu - Gilles Boizeau - Léandre Boizeau
ce dossier comprend cet article et trois
autres :
- La catastrophe ferroviaire
du Paris - Port-Bou : cliquer
ici
- Mado, Chef de
gare : cliquer ici
- le train Le
Blanc , Argent : cliquer ici
Le chemin de fer est aujourd'hui
un gamin de 150 ans. Il est arrivé en Berry, par Vierzon,
à l'été 1847, avant d'aborder Bourges et
Châteauroux. Ce fut, pour nos ancêtres, une véritable
révolution : fini les long voyages en pataches, au pas
du cheval. La train mettait Orléans à deux heures
trente de notre région ! Petit à petit, de tramways
en autorail, le chemin de fer est entré dans l'univers
familier, au bord des routes, où traçant sa voie
à travers les campagnes isolées. Grâce à
lui, les dimanches de marché prenaient moins des allures
d'expéditions. Puis, au cours du siècle, chacun
s'est plû à lui faire quelques infidélités
voitures
où moto avaient l'attrait de l'individualisme. Le train
s'est alors retiré, petit à petit, sur la pointe
des pieds, laissant les gares orphelines et les usagers nostalgiques
; car plus qu'un mode de transport, l'univers ferroviaire a toujours
suscitté la fascination
celle d'un autre monde,
régit par des règles et des hommes à part.
Aujourd'hui, le train se fait plus rare, réunissant ses
forces pour survivre dans la course qu'il livre au progrès.
On a gagné en modernité ce que l'on a perdu en
poésie. La poésie, justement, ce sont des passionnés
qui l'entretiennent. Pour l'anniversaire du chemin de fer, La
Bouinotte en a rencontré quelques-uns, touchés
à titres divers par la grâce ferroviaire.
"
fermeture des portes. Attention au départ
!!
"
" Passion, passion, deux
minutes d'arrêt
"
André Jacquot est de la race des inconditionnels. A Foëcy,
près de Vierzon, cet ancien de la SNCF, règne sur
un véritable musée du rail, arrêt terminus
de toutes les inventions ferroviaires de ce siècle, remisées
pour cause de modernité
André Jacquot a bien failli passer
à côté de sa passion : en 1945, la Poste
était prête à l'accueillir, bras ouverts.
Il s'est ravisé au dernier moment, optant pour le chemin
de fer et son cortège de légende. Il débuta
donc au bas de l'échelle, homme à tout faire dans
une gare de banlieue. Quelques dizaines d'années plus
tard, après avoir gravi tous les échelons, il enseignait
aux élèves de la Société la législation
délicieusement complexe de la vieille dame du service
public. Il en est ainsi devenu l'un des plus éminents
spécialistes, allant jusqu'à rédiger, à
l'aube des années 1980, la notice du futur TGV sud-est.
Sa connaissance est telle qu'il concocta, voici quelques temps,
une encyclopédie de référence sur le réseau
français. Son dernier ouvrage, consacré à
un antique tramway vierzonnais, concilie sa vieille passion et
sa terre d'élection, le Berry. Car c'est à Föecy,
dans un petit pavillon discret, qu'André s'est replié,
avec armes et bagages, des rêves plein la tête, les
coffres plein de souvenirs. La retraite venue, il n'a pu se résoudre
à tout abandonner.
En voiture
Depuis longtemps déjà, il accumulait une foule
de trésors en tous genres, de textes périmés
en objets hétéroclites, provenant de réformes
successives. Dans le bureau, la taille des armoires augurent
de la documentation en sommeil. Ce n'est là qu'un hors-d'uvre
: Pour la pièce maîtresse, André s'arme d'une
blouse cheminote et d'un sourire narquois, scrutant la réaction
de son visiteur. Une porte s'ouvre : on butte immédiatement
sur des plaques de voie, des téléphones, des lanternes
ou un élément de caténaire
Le tout
est soigneusement aligné, offert à la curiosité
; dans ces quelques mètres-carrés, une bonne partie
de l'histoire ferroviaire européenne
Une vitrine
regroupe quelques joyaux, anciens ou contemporains. " J'ai
là un verre dans lequel la Reine d'Angleterre a peut-être
trempé les lèvres, au cours de l'inauguration du
tunnel sous la manche ". Dans un réduit, André
entretient une armée de tampons en tout genres, dont le
doyen accuse 150 ans !
Pour son musée, André aurait voulu un wagon, un
vrai, garé dans le jardin. Rêve inassouvi, certes,
mais que compense l'intérieur de sa dernière pièce
: surprise de taille, on entre de plein pied dans la reconstitution
d'un compartiment de première classe, rescapé des
ateliers de Tours. Sous une collection de casquettes de contrôleur,
il vous parlera alors aussi bien des systèmes de fermetures
de portes des TGV que du fonctionnement de l'ancien téléphone
de voie, surnommé le " Du Guesclain ", pour
sa forme de heaume, qui trône au milieu des plates-bandes
de son jardin.
André Jacquot, c'est un peu l'image de Dieu régnant
sur l'univers. Un univers qui aurait les couleurs d'un vieux
rêve de gosse
GB
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